RESUMES
GEUS Francis : Sai 1993-1995.
Saï, I'une des plus grandes îles du Nil nubien, inclut de nombreux sites archéologiques qui s'échelonnent du Paléolithique à nos jours. Suspendue depuis 1981, I'exploration archéologique a repris en 1993. La concession ayant été étendue à l'ensemble de I'i"le, un nouveau programme de recherche, associant étroitement archéologie et sciences de la terre, a abouti à la mise au point d'un Système GéoArchéologique d'Information dans lequel tout élément de géo- et archéo-information peut être inséré digitalement. Les campagnes de 1993-1994 et 1994-1995 ont essentiellement inclus une prospection géomorphologique, une prospection archéologique, I'étude de surface d'un site néolithique et la fouille de tombes napatéennes, méroïtiques et médiévales. Un rapport préliminaire de ces opérations est présenté ici.
ALEXANDER John : Les turcs sur le Nil Moyen
De même que celle d'autres grands empires, la politique de frontière des sultans ottomans a alterné entre contrôle direct et indirect au gré des conditions locales et de la situation politique dans le centre de I'empire. Au XVIe siècle, dans la vallée du Nil, une politique 'passive' fut suivie d'une politique 'agressive' lorsque le Sultanat Fung sub-saharien apparut comme un danger, mais au XVIIe siècle, le danger ayant disparu, elle fut à son tour suivie d'une politique 'passive'. Puis, l'indifférence des mamelouks, qui contrôlaient le nord de l'Égypte, pour les régions situées au sud d'Assouan permit le développement d'une zone tampon semi-indépendante dans la région d'Assouan et au sud de cette dernière. A la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, les garnisons de Qasr Ibnm et de Qasr Say devinrent héréditaires et, de même que les administrateurs du Sanjak d'Ibrim, s'intégrèrent aux élites locales de langue nubienne. Après 1820, le retour d'une politique agressive vit le déplacement de la frontière jusqu'en Ouganda. Les fouilles de Qasr Ibrim et I'étude de documents trouvés sur ce site et au Caire ont permis de comprendre les changements de cette politique de frontière d'une façon jusqu'ici impossible.
EDWARDS David : Un habitat et un cimetière méroïti-ques à Kedurma dans la région de la troisième cataracte, Soudan du Nord.
En 1991, pendant la seconde saison du Survey du Mahas, un habitat et un cimetière méroïtiques ont été rapidement explorés à Kedurma, sur la rive est du Nil, juste au nord de la troisième cataracte. Le site avait été perturbé peu avant par la construction du remblai d'un canal d'irrigation et le travail se limita à un relevé des restes de surface et à une fouille de sauvetage limitée de zones endommagées de l'habitat et de tombes perturbées. L'étude de surface de l'habitat a révélé une occupation nucléaire substantielle couvrant deux à trois hectares avec, au moins, une grande structure de type 'officiel' de 18 m de côté, divers types de bâtiments domestiques de taille plus petite et une zone industrielle comportant au moins un four de potier. Aucune trace du petit temple identifié en 1937 n'a été trouvée, à l'exception d'un fragment de linteau. A l'est de l'habitat, un vaste cimetière a été exploré en plusieurs points. La présence de pyramides ou de mastabas de briques crues a été confirmée. Aucun matériel napatéen n'a été identifié et le site fut vraisemblablement occupé entre le premier siècle avant J.-C. et la fin de l'époque méroïtique.
GEUS Francis, LECOINTE Yves, MAUREILLE Bruno : Tombes napatéennes, méroïtiques et médiévales de la nécropole Nord de l'île de Saï, Rapport préliminaire de la campagne 1994-1995 (archéolo-gie et anthropologie).
Dans le nord-est de l'île de Saï s'étend une vaste nécropole, qui a été utilisée en continu depuis le deuxième millénaire avant J.-C. au moins. Au cours de la campagne 1994-1995, les fouilles ont repris dans deux secteurs déjà fouillés au cours de campagnes précédentes : SAP1, où la plupart des tombes dégagées sont napatéennes, et SAS2, où elles sont essentiellement méroïtiques et médiévales. Ce rapport préliminaire propose une description détaillée de ces fouilles et de leurs résultats les plus significatifs dans le domaine des pratiques funéraires, de la culture matérielle et de l'anthropologie.
EISA Khider Adam : L'histoire et les antiquités de Karaba-Sheriek dans la région moyenne du Nil.
Le Soudan actuel, le pays le plus vaste d'Afrique, devrait connaître dans un futur proche de nombreuses et actives prospections archéologiques et des fouilles scientifiques. Cet article a pour but de présenter les sites et les structures archéologiques déjà connus ou récemment découverts de la zone Karaba-Sheriek dans la région moyenne du Nil (c'est-à-dire entre la 4e et la 5e cataractes). Nous avons essayé de retracer l'histoire de la région en nous appuyant sur les traditions locales, les sources littéraires et les vestiges archéologiques, qui attendent encore des fouilles scientifiques.
ELMAHI Ali Tigani : Peintures avec pintades : un témoignage ancien de chasse au filet dans la vallée soudanaise du Nil.
Notre connaissance de l'avifaune et des méthodes et techniques de chasse au filet dans le Soudan antique est très limitée. Ceci est dû au fait que les os des oiseaux, qui sont légers et creux, ont un potentiel de conservation très faible en contexte archéologique, comme c'est aussi le cas des filets et des pièges, qui sont en matière organique. Néanmoins, l'étude de trois vases méroïtiques en terre cuite (datés du milieu du IIIe siècle après J.-C.) a révélé un témoignage ancien et unique de prise au filet dans la vallée soudanaise du Nil. Les trois vases, originaires de Shabloul, Karanog et Wadi es-Seboua, trois sites de Basse Nubie, portent des représentations peintes de pintades. Lorsqu'on les met ensemble, on s'aperçoit qu'ils représentent les oiseaux avant d'être pris au filet, qui est dressé, puis, dans une autre scène, pris dans un filet dont ils essaient de se libérer. Cette situation apparaît dans plusieurs scènes brillamment peintes par l'artiste méroïtique. Elle indique que l'habitat des pintades s'étendait jusqu'aux environs du 23e degré de latitude Nord mais, avant tout, elle rend logiquement acceptable que les peintures comportant des pintades furent un développement local et indépendant du royaume méroïtique dans la vallée soudanaise du Nil.
FATTOVICH Rudolpho : Les origines du royaume de Kouch : Vues de l'arrière-pays africain.
Les conditions de l'émergence du royaume de Kouch, qui semble être apparu de façon soudaine au cours du 9e siècle avant J.-C. sont encore obscures. Plusieurs hypothèses, fondées sur une documentation peu abondante et contradictoire, ont été proposées jusqu'à présent. Des analogies entre certains aspects de la royauté kouchite (Napata, Méroé) de la vallée moyenne du Nil et des royaumes de Damat et d'Axoum du plateau tigréen sont présentées ici en faveur de l'hypothèse d'une origine méridionale des rois napatéens. Ils concernent la reine, le dieu lion Apedemak et le dieu soleil.
LENOBLE Patrice : La petite bouteille noire, un récipient méroéen de la libation funéraire.
De dimension moyenne, noire, très maniable, suspendue par un appareil simple, la "petite bouteille noire" des cimetières de Méroé et d'el Kadada date de l'époque du Méroïtique Récent et Tardif. Bien que jamais réalisée au tour, elle est manufacturée en série au moins dans la capitale. Le vase sert à répandre diverses libations lors du culte, au moins funéraire. Sa présence dans les tombes témoigne que tous les morts sont traités en Osiris, et que la divinité de tutelle de toutes funérailles est Isis. A l'époque, la liturgie reproduit un rite royal et répand une idéologie sotériologique. On est fondé à postuler un isisme funéraire généralisé à toutes les provinces de l'Empire Méroïtique.
MAGID Anwar A., PIERCE Richard H., KRZYWINSKI Knut : Sondages dans le sud des Montagnes de la Mer Rouge (Soudan) : liens culturels avec le Nord.
Au cours de la première prospection archéologique systématique de la région sud des Montagnes de la Mer Rouge, effectuée en 1993 et 1994 entre les latitudes 18°00' and 19°20' N et les longitudes 35°10' et 38°00' E, un grand nombre (52) de sites archéologiques et de monuments ont été découverts. Quatre de ces sites ont été sondés afin d'obtenir des informations sur les vestiges eux-mêmes, sur l'histoire culturelle de la zone explorée et sur ses relations avec d'autres régions. Les sites fouillés comprennent des habitats de petite et de grande taille, ainsi que quelques specimens de types de tombes d'un intérêt particulier. Les résultats préliminaires indiquent que les ruines de Tabot, l'un des habitats, sont semblables au type général des sites d'étape trouvés dans le Désert Oriental d'Egypte, qui furent utilisés par les caravanes marchandes et les expéditions minières au moins depuis l'époque gréco-romaine. La localisation stratégique du site suggère également qu'il avait un rôle de station de transit et de liaison avec les mines d'or du sud et les routes menant à l'est en Ethiopie, à l'ouest au Nil et au nord en Egypte. Les types de tombes fouillés et l'orientation des défunts suggèrent d'étroites affinités culturelles avec des tombes semblables du Désert de Nubie et du Désert Oriental d'Egypte, datées des 7e-8e siècles après J.-C., que l'on associe volontiers à une population nomade Beja. On peut donc penser que la zone prospectée a entretenu des relations culturelles et économiques actives avec des zones situées plus au nord, en Nubie et en Egypte, au moins depuis le 3e siècle après J.-C.
PIPONNIER Denis, BECHTEL Françoise, SCHVOERER Max, REINOLD Jacques : Concrétionnement ou application volontaire de minéraux sur des céramiques néolithiques de la vallée du Nil soudanais.
L'étude des propriétés de luminescence de certains minéraux recouvrant la face externe, la face interne et le décor de céramiques néolithiques de la vallée du Nil au Soudan montre qu'il ne s'agit peut-être pas uniquement de banals concrétionnements carbonatés mais parfois aussi de kaolinite, une argile blanche. Autrement dit, ce que nous avons d'abord considéré comme de simples concrétions carbonatées s'avère de nature plus complexe. Nous ne sommes malheureusement pas en mesure de déterminer s'il s'agit de fragments du sol d'enfouissement piégés au cours du concrétionnement ou d'un matériau volontairement appliqué par le potier ou l'utilisateur néolithique. Dans cette dernière hypothèse, la signfication d'un tel acte nous échappe. Il peut cependant être rapproché de certaines pratiques décoratives ou culturelles africaines actuelles.
SADR Karim, CASTIGLIONI Alfredo, CASTIGLIONI Angelo : L'archéologie du Désert de Nubie : un aperçu préliminaire.
Depuis 1989, quatre saisons de prospection et de sondages du Centre de Recherche sur le Désert Oriental (CeRDO) sont parvenues à rompre les murs entourant l'archéologie du Désert de Nubie. La région est vaste et il faudra des décades avant que son histoire et sa préhistoire puissent être parfaitement élucidées. Dans cette phase pionnière, nous avons cependant déjà une bonne idée de la richesse des informations qui attendent d'être mises au jour, entre autres grâce à la découverte de sites mésolithiques, de tombes néolithiques, d'une tradition de type Groupe A, de vestiges dynastiques, ptolémaïques et napatéens, de tombes Blemmyes et d'une masse de restes islamiques médiévaux. La séquence chronologique est loin d'être totalement couverte par ces découvertes et il est trop tôt pour donner un sens aux dynamiques culturelles de ce désert. En guise de commencement, les découvertes faites jusqu'à ce jour sont néanmoins décrites brièvement dans cet article.